Comme je l’annonçais hier matin, j’ai assisté à la conférence de Romain Blachier ce lundi soir aux Archives Municipales de Lyon, situées derrière Perrache pour ceux qui les chercheraient. Le sujet de la conférence : « Le web, un monde d’écrit qui a changé nos vies ».
Arrivé vers 18h15 avec un collègue de travail, je salue Monsieur le Conférencier et m’en vais vite m’asseoir à ma place au milieu d’une population dont la moyenne d’âge devait s’approcher du double du mien. Population mainstream prévisible et anticipée pour Romain qui a adapté le contenu de sa présentation à cette population, en n’entrant surtout pas dans de l’expertise ou de la technique. Grand bien lui en a pris.
Pour commencer, un grand merci à lui d’avoir cité Le Fil Grenoblois dans son introduction en m’assurant de la notabilité du blog, notamment dans le Sud-Dauphiné (près de Grenoble donc) auprès d’une population apparemment assez large. Je l’ignorais et j’en suis ravi. Bisous les gens !
La conférence portait donc sur la réhabilitation de l’écrit grâce au web. Inhérente à ce constat, Romain n’a pu faire l’impasse sur la réhabilitation en parallèle des interactions sociales. Ce fameux Web 2.0 dont on parlait en 2007 est en effet intimement lié à la réhabilitation de l’écrit. Effectivement, le web permet non seulement de (re)nouer contact avec des proches éloignés mais il permet aussi désormais de s’adresser à des inconnus, certes, mais des inconnus faisant parties de notre existence tout de même. Romain prendra en exemple des stars et des élus, j’y rajouterais plus globalement tous les gens ayant des centres d’intérêts communs avec moi et susceptibles de m’apporter quelque chose : confrères professionnels (voire concurrents), passionnés sur les même sujets, voisins de quartier…
Une logique de curiosité vis-à-vis des « inconnus connus ou proches » qui est la ligne directrice d’un réseau comme Twitter.
La curiosité n’est plus un vilain défaut, c’est une grande qualité.
Romain a également fait une petite parenthèse et abordé d’un angle historique les trois phases de l’écriture :
- l’écriture des mots qui n’étaient que parlés (il y a 3000 ans ?)
- l’écriture des nombres (il y a 2000 ans ?)
- l’écriture du code, pour programmer (il y a 60 ans ?)
Pourquoi l’écrit est réhabilité par le web ? Flemmard par nature, l’Homme a attendu cette innovation technologique majeur de l’internet qui lui permet d’écrire plus vite et plus facilement pour s’y remettre. Le stylo et les feuilles de brouillons sont désormais remplacés par le clavier et l’écran, sur lequel on peut effacer, recommencer, créer des styles proprement…
Internet a donc permis à tout un chacun d’écrire. Soit pour soi, soit auprès des autres. On a pu voir ainsi un grand nombre d’individus n’ayant aucune chance, avant le web, de s’exprimer en public par l’intermédiaire des médias traditionnels y parvenir désormais. Je citerais en exemple Maître Eolas notamment, qui grâce à la pertinence et la notoriété de son blog, a pu ensuite être notamment consulté par une radio nationale ou a participé à une réunion à propos du web avec Sarkozy.
L’échelle sociale devient escabeau grâce au web.
Sans internet, Maître Eolas n’existerait même pas et celui qui se « cache » derrière ne serait « qu’ »un anonyme et banal avocat sans aucune influence. Romain n’a cependant pas oublié non plus de parler du deuxième effet kiss-cool de cette facilité d’écriture : les trolls.
Ces gens qui prennent plaisir à semer la zizanie sur les sites, blogs ou forums. Avec le temps, leur nombre s’amenuise, en grande partie grâce à la maxime « Don’t feed the troll ».
S’en est suivi ensuite une petite énumération des grands domaine dans lequel le web a favorisé la réhabilitation de l’écrit :
- la séduction : si chacun ne peut se prétendre descendant d’Apollinaire, les échanges écrits sur les sites de rencontres ont permis aux hommes et aux femmes de découvrir le frisson des relations épistolaires.
- les recrutements : le CV et la lettre de motivation sont, selon moi, des outils en voie de disparition. Selon Romain et moi-même, tenir un blog sur un thème dont on est spécialiste est autrement plus efficace. A bon entendeur…
- la réputation : en lien avec le point précédent, Romain a cité un très bon exemple pour illustrer la nécessité d’être attentif à ce qui se dit sur notre nom sur le web. Un instituteur de maternelle risque d’avoir des problèmes avec les parents s’il exprime lui-même, ou si quelqu’un trahit, se passion pour les clubs échangistes.
- le lien social : « Certaines personnes se retrouvent dans des bars, des pasta-parties ou autres, simplement car ils sont sur Twitter. » Petite dédicace aux twapéros qui sont un prolongement « IRL » des échanges sur le net.
- la consommation : De plus en plus de gens choisissent leur achat en fonction de ce que les autres internautes ont écrit sur les produits. Pas seulement attribué une note : écrit !



La conférence s’est terminée par un petit échange avec ceux qui voulaient bien poser des questions. Ils furent peu nombreux mais ont réussi à soulever des débats intéressants. J’en ai retenu deux auxquels je n’ai pas osé participé. A 27 ans, la timidité a encore raison de moi parfois, c’est grave docteur ?
Orthographe et ponctuation 2.0
Tout d’abord, il a été soulevé le problème de la déliquescence de la langue française. L’un des spectateurs, assez remonté à l’encontre du web et de ses nouveaux usages, mit en exergue « les dangers de l’écriture SMS et des fautes de plus en plus fréquentes ».
J’ai eu envie de répondre à ce monsieur que j’étais pour ma part plutôt optimiste. En bon ado primitif que j’étais il y a 10 ans, adepte et défenseur du style SMS, j’ai radicalement changé mon fusil d’épaule pour devenir un intégriste de l’orthographe (même si parfois ça ne se voit pas forcément, mea culpa, c’est la faute à mon papa qui en laisse passer parfois
). L’écriture incite à faire attention au style et aux règles de la langue française. Plus on écrit, plus on fait attention. Donc, il faut absolument inciter les gens à écrire. Les correcteurs orthographiques décriés par certains sont au contraire une aubaine pour se corriger. Dès qu’un mot est souligné en rouge, clic droit : correction. Et la fois d’après, je ne ferai pas la faute. En théorie. Non, vraiment, au bout d’un moment, ça rentre et je pense m’être bien amélioré sur ce point en 10 ans de web. Romain a également bien précisé que le style SMS était apparu quand ces SMS étaient limités à 140 (162 en fait, en France) caractères. Cette contrainte n’existe plus, si ce n’est sur Twitter et même sur sur ce support, il peut être extrêmement mal vu d’écrire comme un chartier.
Le deuxième point qui m’a particulièrement intéressé est un sujet sur lequel j’ai prévu – depuis environ 18 mois – d’écrire un billet spécifique : la ponctuation « smiley ».
,
, :-O , O_o , \o/ . Autant de signes étranges qui sont le quotidien des plus jeunes et une ineptie pour les autres. On est là typiquement dans un conflit de génération entre ceux qui sont nés ou presque avec un ordinateur entre les mains et les autres. Romain Blachier a parfaitement justifié l’existence de ces émoticônes comme MSN a francisé ce terme : à l’écrit, a fortiori, quand on doit faire court, on ne peut pas mettre le style nécessaire à la bonne compréhension du second degré par exemple. Les smileys permettent, eux, en trois caractères : un point-virgule, un tiret (facultatif !) et une parenthèse fermée de montrer ce second degré. Plus globalement, je pense que l’écrit a besoin du visuel et vice-versa. Un petit bonhomme qui traduit une émotion est essentiel dès lors qu’on veut être sûr de faire passer cette émotion.
Voilà pour cette conférence à laquelle il fallait être pour prendre un peu le pouls des changements de comportements qu’entraine l’avènement du web. Un peu déçu que la salle ne soit garnie que d’une cinquantaine de personnes, je pense que des initiatives gratuites comme celle-ci doivent réunir plus de monde pour susciter l’échange, les débats et la réflexion, au service de l’intelligence collective, celle-la même qui a permis de créer un outil aussi extra-ordinaire que Wikipedia par exemple.
Dans cette optique de partage des compétences, sachez déjà que mardi prochain, le 21 février, a lieu une autre conférence, un peu plus poussée peut-être en terme d’expertise sur un sujet similaire : Comprendre Internet et les réseaux sociaux. Je vous incite fortement à y assister, elle est également gratuite !
Et sinon juste pour finir sur la conférence de Romain Blachier, si je peux me permettre une critique constructive : un support visuel projeté (diaporama) montrant des exemples concrets des utilisations qu’il a très bien analysées n’aurait pas été superflu selon moi. L’opinion de l’intéressé principal à cette suggestion serait la bienvenue !

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Tu y vas a la conférence du 21 ? (qui serait déjà un peu plus dans mes horaires)
Yes ! Déjà inscrit ! Je t’y verrai ? J’ai ouï dire que tu bossais sur Lyon maintenant ?
Je viens donc de m’inscrire ! Ça me sortiras
En effet tu as entendu les bonnes choses ! Bizarre j’en ai presque pas parle me semble-t-il
– enfin presque c’est toujours un peu :p
J’ai mes sources infiltrées !
Mènes l’enquête.
J’ai failli zappé ce billet et finalement c’était plutot interessant !
2-3 remarques en vrac :
« - les recrutements : le CV et la lettre de motivation sont selon moi des outils en voie de disparition. » Pour les métiers du web, oui, pour la grande majorité des professions, non, pas avant tres longtemps…
« - la consommation : De plus en plus de gens choisissent leur achat en fonction de ce que les autres internautes ont écrit sur les produits » Difficile de faire le tri sorti de son cercle de connaissances, entre les articles sponsorisés, interessés et les pseudo-avis de consommateurs postés par les vendeurs eux-mêmes, le tri est compliqué.
« un outil aussi extra-ordinaire que Wikipedia par exemple. » Je n’arrive pas a me faire un avis définitif sur Wikipédia (dont je me sert parfois), a la fois pléthorique, potentiellement infini, une réussite communautaire mais aussi pas toujours fiable et souvent tres orienté dans ses articles (bien plus qu’une Encyclopédie classique).
« la ponctuation smiley » J’ai du mal a écrire sans, même en version stylo/papier, le combo mots/émotions est bien plus simple et souvent plus précis que les mots seuls, surtout quand on pratique beaucoup le second degré…
Stef :
les recrutements : je parle de long terme concernant CV et LM mais j’y crois vraiment. Et c’est aussi un message pour inciter les gens à ne pas se limiter à ces deux documents pour chercher un job…
la conso : des sites comme Yelp proposent les avis de tes amis sur les restau. connecté à Facebook, tu fais ton choix sur ce qu’ont dit tes amis, pas des mecs payés pour ça. une tendance amenée à se généraliser.
Wikipedia : J’ai tendance à le considérer aussi fiable que des dictionnaires ou des encyclopédies édités par des Hachette et consorts qui n’ont pas forcément à être objectif sur certains sujets.
Pour Wikipédia, clairement non, c’est d’ailleurs l’écueil le plus difficile : faire la police pour que les sujets restent objectifs. Le plupart des bibliographies sont rédigées par des fans des personnes concernées (logique…), les sujets pointus par des spécialistes rarement neutres… Pour avoir consultés quelques articles du doamine médical, c’était scientifiquement assez peu valable en moyenne. (je ne dis pas « faux », mais souvent mal présenté). Il faut un esprit critique aiguisé pour l’utiliser correctement.
Pour moi ce n’est pas assez fiable pour l’utiliser comme encyclopédie, je m’en sert juste comme dico : une définition/un aperçu d’un mot ou une personne que je connais pas du tout.
Faut que je regarde ça en effet, sur un sujet où j’ai une petite expertise.
Ouais, du coup, c’est pas gagné ça
@Stef : le problème, c’est aussi qu’on va juger la fiabilité de wikipédia par rapport à ce qui nous semble être une référence par ailleurs. Autrement dit, si Wikipédia a une approche différente d’une autre référence, on va avoir tendance à estimer que c’est plutôt Wikipédia qui a tort.
On peut faire le parallèle avec les journaux dits « sérieux », en comparaison avec les blogs. FilGB n’a rien de sérieux et ne connait rien à rien, c’est entendu, pourtant certains de ses articles sont plus pertinents que ceux de Le Monde parce que ce dernier n’est pas neutre.
Et c’est l’occasion de redire à tout le monde d’aller voir « les nouveaux chiens de garde » qui illustre assez bien ce type de problème.
@Merome : C’est pour ça que je prend comme exemple des domaines que je pense connaitre assez bien pour faire le tri.
Je fais confiance a Wikipédia pour ce qui est factuel et non discutable, dés que c’est un sujet a interprétation je me contente rarement d’une source.
Wikipédia c’est tres impressionnant, tres pratique mais pour le moment je trouve ça un peu moins fiable qu’une Encyclopédie classique par exemple, même si aucun ouvrage ne détient la vérité sur tout.